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Au détour d'une Beuverie [ Setsuna Mistrider]

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Sam 12 Mai - 20:10
Surate - Gujarat, Inde

— Debout là-d’dans. On est arrivé à bon port !

Vibration de membranes à l’entente d’une sonorité familière, comme flottant dans le lointain ; des perles de Jades guettaient la silhouette Grenat en tapinois. Une fois encore, la douce voix du braillard résonnait dans la pièce dépourvue de lumière. Comme d’habitude, se risquerait-il d'affirmer dans cette immuable lassitude. Toutefois, aucun mot ne parvenait à passer la barrière des lippes, tant celles-ci s’évertuaient à maintenir ce souffle vaseux prisonnier en leur sein. Ne survint qu’un geste de la main, faible, et des mèches de jais s’enfonçant plus encore dans le sombre capuchon.

Juste quelques instants. Une seule minute. Juste le temps de pouvoir goûter enfin aux bras de Morphée tant espérés jusqu’ alors. Vaine attente, à l’image de la paix illusionnée  qu’on lui promettait parfois, au détour d’un bar.

—Vieux, cet endroit me fait froid dans le dos, tu sais. Alors faisons rapidement notre travail ici, et rentrons chez nous. Tu feras la sieste en Angle-

Bras entourant le corps, mimant les tressaillements issus d’une chair de poule illusionnée ; une phrase stoppée net dans son élan, interrompue par la venue d’un objet dans le champ de vision. Instantanément figé, l’homme aux fils carmin, cherchant à comprendre ce qui lui était tombé dessus. Mais déjà cette voix cafardeuse mêlant lugubre et rigidité s’élevait à l’encontre de l’ardent camarade.

— Ne prononce pas ce mot ici.

Simple. Direct. Efficace. Plus qu’une recommandation, un ordre à n’outrepasser sous aucun prétexte. Faisant écho aux paroles ainsi prononcées, les orbes céladons s’obscurcirent un instant, empreints d’une dureté sans faille. Les menaces, l’adolescent les mettrait à exécution sans l’once d’une hésitation. Tacite ou non, tous deux savaient qu’il n’était guère question de plaisanter. Pas maintenant. Pas ici.  Parce qu’au delà de l’interdiction résidait la faible lueur d’une crainte ; ne pas prendre de risque superflu. Pour ne pas que les aiguilles du temps ne cessent pour ce rouquin encore trop jeune.
Non sans une certaine lenteur, le corps basané du Serbe s’extirpa des draps de fortune, se relevant tant bien que mal. Force était d’avouer que la position dans laquelle le brun s’était retrouvé, n’avait guère facilité les choses.  Ainsi, les bras s’élevèrent ensemble, s’accrochant du bout des doigts ; à l’instar d’un chat après une sieste, l’étranger s’étirait de tout son long, relâchant brièvement la pression. Une douleur à la nuque toutefois persistante, à l’origine d’une grimace dissimulée, d’une main portée non loin des cervicales.

— Allons-y.

Toujours un ton glacial, comme à l’accoutumée. Néanmoins, le dénommé Sam s’en amusait plus qu’autre chose. Dans une certaine mesure, tout du moins. Malgré des airs parfois idiot, l’accompagnateur n’était guère dupe, et s’inquiétait plus encore de l’état du Soldat à chaque rencontre. A vrai dire, hormis un teint pâle et les quelques cernes encadrant les yeux, la gravité du manque n’était guère perceptible pour le commun des mortels. Mais voilà, quoi qu’en disait Marijan, l’Anglais le gardait précautionneusement à l’oeil. Et ce malgré le fait que le plus jeune demeurait un mystère pour lui, ignorant lui-même jusqu’à l’importance de sa présence.

Pieds finalement posés à terre, une bouffée d’air frais s’imposa d’elle-même aux poumons des partenaires. Observant les alentours, l’Ivanović prit les devant, confiant au Second une feuille tacheté de noir, repliée en quatre morceaux ; l’assassin estimait sa seule présence suffisante, afin de parvenir aux fins prévues. Sam, lui, ne serait probablement qu’une gêne. Et, de toute manière, le cadet préférait travailler seul. Les aléas de la solitude, dira-t-on. Ou plutôt celle des apparences.

— De mon côté, je vais voir ce qui se trame un peu plus loin. Lorsque tu auras terminé, retrouve-moi ici-même. Ne t’aventure pas n’importe où. Camoufle ce roux avec ton capuchon. Si l’on te demande d'où tu viens, invente un bobard – de toute manière, tu es loin d’être mauvais en la matière quand tu veux –. Et surtout, ne crée pas de grabuge, quoi qu’il advienne. Un soupir, passant la barrière des lippes. Je ne veux pas avoir à faire le ménage. Ni même à ramasser les morceaux.

Le temps d’une fiole glissée dans une poche, et Marijan s’éloigna de la place, sans même prendre le temps d’écouter les plaintes de cet autre. Pas le temps pour ces conneries, se disait-il. Parce qu’il ne le connaissait que trop bien, le bougre ; les tares de l’homme, lui aussi en était pourvu, après tout.

Un sac sur l’épaule, le brun d’encre prit la direction d’une échoppe, non loin de là. La première étape pour glaner quelques renseignements; tout d’abord ceux concernant les actions dans cette villes, mais également les secrets sur lesquels il n’avait pas encore levé l’épais voile de l’indifférence, ni même de l’ignorance. Car s’il avait été briefé, cela n’en restait que très sommaire. Parce qu’un Soldat n’est qu’un outil, qu’il n’a pas de comprendre.

Parce qu’un soldat n’a pas d’âme.

Accoudé au bar – l’étui posé à ses pieds, les discussions s’enfilaient au rythme des verres défilant sur le comptoir en bois vieilli. Assurément, la vie n’était guère aisée ici, depuis que les Britanniques avaient relancé les hostilités de la domination. Les deux partis avaient leurs propres raisons, leurs propres torts et, incapables de se comprendre, n’en découlait que la confrontation, le sang, et la mort. Ah ça oui, la silhouette de noir vêtue s’en régalait sans l’ombre d’un doute, de cette situation. Mais elle était bien la seule. Puis la porte s’ouvrit une fois supplémentaire, alors même qu’il brillait de nouveau de cette solitude qu’il prétendait aimer plus que tout. Nul besoin de prêter un regard dans cette direction ; les réactions alentours suffisaient à faire comprendre la nature du nouvel arrivant. D’un geste de la main, Marijan commanda un verre supplémentaire, et attendit que la personne ne s’asseye enfin.

— Peu commun de croiser une étrangère dans un tel endroit. Paires de doigts attrapant le contenant, le faisant glisser jusque devant elle. Chai Whisky.  Un trois quart.
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Dim 13 Mai - 10:50


« au détour d'une beuverie »
with Marijan



Une journée. Elle n'avait passé qu'une seule et unique journée avec lui et elle sentait pourtant déjà sa patience s'effriter avec les minutes qu'elle voyait filer sur l'horloge installée face à elle. Est-ce qu'elle l'aimait ne serait-ce qu'un peu ? Au final, la question demeurait sans réponse même pour elle et Setsuna dût bien reconnaître qu'elle se demandait parfois si elle défendrait la vie de son frère, s'il venait à être en danger. Il lui était insupportable, tout simplement. Elle ne le détestait pas plus qu'elle ne le méprisait, mais il ne lui avait jamais manqué. Il n'était son frère que parce qu'un lien invisible l'avait établi, sans pourtant parvenir à devenir autre chose à ses yeux qu'un curieux étranger. Et c'était sûrement mieux ainsi.

« — Le train est demain matin. Fais ce que tu veux en attendant mais si tu n'es pas là, je pars sans toi. »

Le regard qu'elle lui lança pour toute réponse aurait presque pu être assassin. Presque. Au lieu de quoi, ses yeux se colorèrent de la même indifférence que celle qui la caractérisait et Setsuna haussa naturellement les épaules en se redressant du fauteuil de la suite qu'ils avaient louée pour la nuit.

« — Bonne nuit.
— Où est-ce que tu vas ? »

Il n'eût pour réponse que le claquement sec de la porte et, aussi discrète qu'un rêve, Setsuna quitta le bâtiment afin de s'enfoncer dans l'obscurité qui étendait un peu plus son voile sur les toits de la ville.

L'Inde avait absolument tout de magnifique. De ses bâtiments colorés à sa culture détonante. De sa langue à la vie qui animait ses rues. Du charme de ses marchands aux vêtements de ses plus belles femmes, tout simplement. Une beauté similaire et pourtant complètement différente de celle qu'elle avait connue au Japon, et elle s'y plaisait, naturellement. Les rues lui offraient autant de merveilles que de discrètes trouvailles et elle ne cessait jamais de s'étonner de la façon dont ce monde était fait.
Ce fût sur cette pensée qu'elle s'engouffra dans l'une des rues les moins animées à sa portée, peu soucieuse des dangers qu'elle risquait et sûrement moins encore de l'idée de se perdre. Tout simplement parce qu'elle n'avait pas le temps de s'en soucier.
Raiko occupait son esprit, colorait sa réalité d'un manque qui lui semblait étouffant alors même qu'une poignée d'heures bien trop longues s'était écoulée et elle ne pût s'empêcher d'imaginer comme elle aurait aimé ce court séjour, s'il avait été avec elle. Ses minutes se seraient ponctuées de multiples questions aux réponses parfois plus évidentes que d'autres, mais elle aurait pris le même plaisir que d'ordinaire à le mener vers ce qui lui semblait être le plus juste. Elle lui aurait montré le monde comme elle l'avait aimé et ses sourires auraient suffi à la satisfaire bien plus que tout ce que sa vie avait déjà pris la peine de lui offrir.

« — Je ne peux pas venir avec toi ?
— Non.
— D'accord. »


Il n'avait pas insisté, et elle s'était éclipsée à des milliers de kilomètres de lui en sentant sa patience s'évaporer à chaque fois même que Sora lui parlait. Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi avait-il spécifiquement besoin de se déplacer en Inde pour une raison qui lui échappait autant même que celles pour lesquelles il lui avait demandé son aide à elle ?

La lumière d'une échoppe fut la seule réponse qu'elle obtint à ses questions et, consciente du fait qu'elles n'avaient finalement aucun intérêt, Setsuna offrit un soupir à la nuit avant de s'accorder le plaisir d'un cocktail frais, sans trop s'inquiéter des conséquences de son entrée dans l'établissement. Elle ne prêta aucune attention aux regards qui se rivèrent dans sa direction, uniquement concernée par le frisson qui courut le long de son dos lorsqu'elle s'installa finalement sur l'un des hauts tabourets du bar disposé au fond de la salle.

Un unique regard vers le verre glissé devant elle lui assura qu'il lui était bel et bien destiné et elle adressa un bref signe de tête à la silhouette à sa droite, sans même prendre la peine de le regarder. Aucun merci ne traversa ses lèvres. Ses doigts se refermèrent naturellement autour du verre et elle frémit imperceptiblement en sentant contact l'amener à soulever ses épaules. Froid.

« — Les étrangers sont-ils plus communs ? »

Nuance minime mais essentielle. Qu'elle se garda néanmoins de développer.
Le regard ailleurs, Setsuna ponctua ses mots d'une première gorgée d'un alcool qu'elle redécouvrait en même temps que la chaleur qui se glissait dans sa gorge et sa poitrine, uniquement balayée par les quelques secondes d'adaptation que son corps lui réclamait.

« — Je ne tiens pas très bien l'alcool. »

Elle était peut-être un peu trop franche. Sûrement même. Mais elle n'avait finalement rien à y perdre et sa soirée promettait d'être bien trop longue, si elle se contentait de fixer le comptoir où ses doigts s'étaient posés.
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Dim 13 Mai - 13:17

— Les étrangers sont-ils plus communs ?

Insaisissable contestation ; Un corps conservant une parfaite indifférence envers les quelques mots, évaporés dans une pièce aux multiples sonorités. En revanche, l’esprit lacérait l’interrogation comme un paysan labourerait un champ. D’ordinaire taraudé, s’incrustaient en cet instant les traces d’une presque obsession pour cet autre, envoyé ailleurs. Bien entendu, le militaire demeurait conscient de la situation, du fait que les caractéristiques qu’il arborait ne laissait nul doute quant à son statut d’étranger. Cependant, si les maigres similitudes étaient si évidentes le concernant, celles du partenaire aux mèches cramoisies l’était d’autant plus. Et en cela résidait l’appréhension, précisément.

Non sans une certaine lenteur, la main halée reprit possession de son propre contenant – plus fort que celui offert à la demoiselle –, caressant le rebord du bout des doigts. Geste machinal, certes, mais dont la signification n’en était que moindre, dans les faits. Une simple habitude de réflexion, voilà tout. Une proximité ne durant que quelques instants, avant qu’elle ne se lève brièvement, interpellant le barman une nouvelle fois.

— Un Chai sans alcool, merci.

Orbes Céladons se portant enfin sur la silhouette féminine ;  une lueur ne reflétant nulle indignation, nulle impatience. S’il appréciait effectivement l’alcool pour des raisons thérapeutiques, le Serbe restait néanmoins compréhensif : certains ne supportaient guère les liqueurs en leur sein. En cela, un maigre sourire naquît dans le recoin des lippes, une étirement non pas mutin, mais davantage empreint de cette neutralité qu’on lui connaissait si bien. Papillons ébènes dissimulés profondément dans le corps, à l’abri des regards, Marijan se contentait de maintenir la politesse au rang qui lui était dû.

Le jeu des apparences ; la plus redoutable des armes. Une lame à double tranchants, illusionnée.

— Assam, sucre, lait, cannelle, et autres épices. Il semblerait que chacun ait sa propre recette. Ne reste qu’à espérer que vous n’êtes pas allergique au Gingembre.

Une fixation se poursuivant alors, cherchant vraisemblablement à déterminer la provenance de l’Inconnue. Face à lui, des traits étrangers, bien différents de ceux qui furent portés à ces rétines de nombreuses années durant. Assurément n’était-elle pas Européenne. Aussi, l’albâtre incarnation rayait le Moyen-Orient de la liste des suspects. Muettement, les  pistes s’annihilaient les unes après les autres, à l’instar de ces hommes tombant au combat. Comme des insectes, probablement.

— Mais sans doute n’est-ce pas l’épice qui vous dérangera le plus, n’est ce pas ?

Une courte pause, le temps de guetter les réactions à la dérobée ; un insonore soupir finit par passer la barrière des lèvres, se remémorant les quelques syllabes prononcées plus tôt. L’incompréhension régnait en maître sur la maigre conversation. Et tout était-il que la satisfaction du brun n’était guère satisfaite. Mais, à partir de là, tout n’était plus que des hypothèses.

—  L’Inde n’est pas l’endroit le plus sécurisé pour les voyageuses. Pas actuellement, tout du moins. Ce ne sont que des suppositions, bien entendu, mais je suis certains que vous la percevez également, cette tension environnante. La population semble sur le qui-vive. Chaleureux dans une certaine mesure, mais relativement prudent envers ceux ne partageant pas le sang de la nation.

Cette fois, le ton changea, prenant cette même teinte que lorsqu’il prévenait Sam des risques. Une presque figure paternelle, aussi étrange que cela puisse paraître. En somme, il s’agissait d’une réaction des plus logiques, lorsque l’on prêtait l’oreille aux rumeurs et signes d’une présence Britannique, envahissante. Les tares de l’espèce, que de se vouloir dominateur, opprimant jusqu’à la culture même d’une civilisation. La quête du pouvoir, Marijan ne l’avait que trop connu, maintes fois approché de trop près par la folie des Hommes.
Une pause ainsi marquée, le temps de porter le verre à l’entrebâillement de la chair, faisant glisser le liquide cristallin jusque dans la gorge. Le soldat n’était pas pressé, et devait amasser suffisamment d’informations afin de le retrouver. Car on ne lui demandait pas de comprendre, ni même de se questionner. Non, sa seule tâche consistait à exécuter les ordres. Ni plus, ni moins.

— A vu d’œil, je dirai le Japon. Ou peut-être est-ce la Corée. Alors, lequel est-ce ?

Un murmure envolé, dispersé par le brouhaha autour. Une  remarque à sa propre destination. Un brin de sourire ; le masque refusait de tomber. Et, comme à l’accoutumée, l’Ivanović jouait son rôle à la perfection, à l’instar de ces acteurs qui, une fois le rideau levé, simulaient comme si leur vie en dépendait.
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Dim 13 Mai - 23:38


« au détour d'une beuverie »
with Marijan



Il semblait perspicace, si tant était qu'il soit réellement question de perspicacité.
Ses yeux ne tromperaient personne. Qu'ils soient rouges ou qu'ils aient été bruns, ils étaient taillés en une amande qui annonçait presque trop clairement qu'elle ne venait assurément pas de l'Occident. Et l'accent qui traînait probablement à la fin de ses mots ne l'aidait pas non plus à nier la vérité, quand bien même il lui fallait reconnaître qu'elle n'avait hérité que de quelques caractéristiques liées à sa nationalité, elles-mêmes faussées par ses cheveux flamboyants et sa silhouette curieusement dessinée. Au fond, elle ne s'était jamais réellement posée la question. Parce qu'elle n'avait pas besoin de réponses et parce qu'elle s'en fichait. Parce qu'elle retrouvait son visage dans celui de sa mère et que cette simple évidence lui convenait.

Alors facile à deviner ou pas, elle jouait volontiers de son apparence trompeuse pour s'offrir le luxe de tromper les plus crédules à chaque fois même qu'elle déclinait sa fausse identité. Elle ne s'appelait pas Mistrider. Ni même Setsuna. Son père n'était pas anglais et son prénom ne signifiait absolument pas l'évanescence qu'elle lui accordait. Les secrets sont faits pour durer.
Et pourtant, ces deux mots s'étaient gravés dans son esprit en dessous de l'essence même de ceux qui définissaient ce qu'elle était. Sans qu'elle ne cherche à l'empêcher.

« … Non. »

Ses mots s'accompagnèrent d'une curieuse inclinaison de la tête et elle plongea calmement son regard dans le contenu de son nouveau verre, lorsqu'il lui fut apporté.

« Mais mes origines ne m'auraient pas empêchée d'y être allergique. »

Si le gingembre faisait partie intégrante de la gastronomie japonaise, elle ne doutait absolument pas des éventuelles allergies alimentaires que devaient subir certains de ses semblables. Avait-elle besoin de le préciser ? Non. La déduction n'était elle-même qu'une perte de temps et ce fut avec un naturel presque consternant qu'elle s'empara de son nouveau verre pour le porter à ses lèvres.

Et le mélange qui remplaça alors le goût de l'alcool au creux de sa gorge fut semblable à une douche brûlante sur sa peau d'ordinaire glacée. Agréable.
Instinctivement, ses doigts se resserrèrent autour de la veste posée sur ses épaules et Setsuna attendit aussi bien la fin de son analyse que sa brève explication. Est-ce qu'elle le savait ? Non. Le monde ne l'intéressait pas assez pour qu'elle y accorde de l'intérêt. Mais elle l'avait senti et c'était finalement tout ce qui comptait.

Néanmoins, et si elle aurait du prendre la peine de s'en soucier, ce fut la dernière interrogation de son interlocuteur – apportant avec elle une réponse non négligeable aux questions silencieuses qu'elle se posait elle-même – qui retint son attention. Observateur, prudent et curieux.  

« La première impression est souvent la bonne. »

Souvent ne voulait pas dire toujours, et ce fut avec cette pensée en tête qu'elle prit une nouvelle gorgée du verre qu'il avait fait venir pour elle.

« Slave. Mais... J'aime mieux ne pas m'aventurer plus loin. »

Sa voix le lui avait hurlé avant même qu'elle ne prenne la peine de le regarder. Mais d'où ? S'aventurer sur le terrain des Bosniaques était risqué au vu de l'incident qu'elle avait déjà causé auparavant et elle n'en savait pas assez pour en déduire plus. Alors, sans la moindre curiosité, Setsuna releva finalement ses yeux afin d'instantanément les glisser dans ceux de son vis-à-vis. Ses iris écarlates rencontrèrent un océan céladon dans lequel elle ne chercha pourtant pas la moindre information et ce fut dans un murmure semblable au sien, néanmoins atone, qu'elle continua :

« La méfiance n'effraie que ceux qui ont besoin de se cacher. »

Elle l'avait appris à ses dépens. Sans pourtant chercher à paraître discrète – du moins tant que Raiko n'était pas né –, elle avait découvert que son honnêteté naturelle lui avait valu bien moins d'ennuis que tous ceux qu'elle aurait pu s'attirer, au vu des dégâts qu'elle avait causés. Alors non, elle n'avait pas peur. Elle comprenait néanmoins ce qu'elle risquait. Mais elle ne s'en souciait pas plus que du reste. Assurément.

Elle la sentait. Elle la vivait. Les regards qui se glissaient sur elle et les masses basses qui la visaient parfois le lui avaient trop souvent rappelé. Mais cette méfiance en elle-même ne glissait sur sa peau que pour finalement mieux lui échapper.

« Je l'ai sentie... et subie. Mais appréhender les risques qu'elle incombe ne m'empêchera jamais d'y être confrontée. »

Indifférente, comme toujours. Un détachement que beaucoup avaient apparenté à une arrogance qui n'avait jamais fait partie de ce qu'elle était. Et elle ne connaissait que trois personnes en ce monde qui avaient su voir au-delà de ce que ses mots renvoyaient.

« Serbe ou croate ? »

Restait à savoir désormais si elle ne faisait pas totalement erreur.
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Lun 14 Mai - 13:15


Ô douce Serbie, les yeux voilés d’un opaque illusionné, tu ignorais les bris de verres jonchant tes terres imbibée du carmin des tiens ;  un vase ainsi brisé, vaincu par les coups assassins des Hommes. Des oreilles couvertes par un épais cotons, incapable de percevoir les larmes de ceux regrettant celle que tu fus autrefois ; tends l’oreille, ne remarques-tu pas les cris d’agonies, alors même que les Prunella collaris ont cessé de fredonner leurs chants enivrants ?  Un enfant avait quitté le nid, sans pour autant en couper les liens. Un parmi tant d’autres, attachés par les chaînes de la loyauté envers celle qui n’était plus que l’ombre d’elle-même. Nombreuses furent les Terres gelées disparaissant dans les frictions des lames ; réduite au néant, elles ne laissaient pour unique vestige que cette boue carmine agrippant les chaussures. Domination dissimulée sous des idéaux chimériques ; ne restait que les traces d’un nom à la gloire évaporée.

« Nous n’attendons pas d’eux qu’ils pensent au bien fondé de leurs actions ; leur existence en ce Monde réside en leurs facultés. Celle de servir. D’asservir. Comme le potier façonnant l’argile de ses doigts, nous confectionneront le globe à notre image. Nous placeront nos étendards au-delà des frontière. Eux, ne sont que le moyen pour y parvenir. »

Je ne te demande pas d’être un Homme. Je te demande de faire ton devoir.

Dans l’ombre, un maigre rictus s’esquissait d’un étrange mutin.

Il n’existe de plus grande douleur au monde que la perte de sa terre natale, disait Euripide. Alors, pour que jamais elle ne meure, il le ferait.

Machine assassine.

[justify]Lippes adverses déliées ; une satisfaction intrinsèque naissant alors, malmenée par les prémices d’un masque d’ores et déjà incrusté sur la face. Une nécessité, sans l’ombre d’un doute. Par ailleurs, l’avait-il seulement baissée un jour, cette ultime barrière ? Rien n’en était moins sûr. Car avant même d’être un individu, Marijan demeurait l’esprit d’un militaire. Il était l’un de ces êtres dont personne ne souhaitait percevoir l’homme gisant sous la façade ; l’une des silhouettes de noir vêtue fauchant dans l’ombre, attendant qu’on la moissonne à son tour.

Dans un semblant de silence, les perles de Jade maintenaient leur attention sur l’étrangère, la jaugeant vraisemblablement plus que nécessaire. Une intensité néanmoins modérée, bien que nullement dissimulée ; le Serbe n’éprouvait pas la moindre crainte à son égard, pas plus qu’il en en ressentait du côté opposé. Toutefois, la conscience intimait à la prudence. Celle-là même qui fût conseillée au dénommé Sam quelques temps auparavant. Force était d’avouer que le Serbe était un homme prudent. Dans une certaine mesure, tout du moins.

Malgré tout, le Jeu des Apparences l’attirait fortement. Parfois trop pour qu’il ne prête attention à cette cloche, retentissant à en perdre haleine en son sein. Vaine tentative. Car dans ces moments-là, l’Espion prenait le pas sur le Militaire, en quête des sensations éprouvées naguère. La recherche de l’adrénaline ; le premier pied dans la tombe.

— Nombreux sont ceux confondant allergie et préférence.

Et il allait sans dire que l’Européen n’était guère de ceux-là. En outre, une maîtrise de chaque syllabe, dansant avec les indices comme un pétale virevolterait au gré du vent. Tel était son arme. Ou plutôt était-ce l’une d’elles.

Une investigation réservée, reprenant par-delà la barrière des mots ; une écoute assurée, et ce malgré les traits empreint de cette neutralité, de ce détachement qu’exigeait sa fonction. Entre maintien désinvolte et strict faciès, le Serbe prônait cette éternelle singularité. Ô ne vous y trompez pas ; le Militaire ne portait nul jugement envers celle aux fils coquelicot. En outre, certainement aurait-il pu y voir de l’arrogance, dans ces quelques paroles échangées. Hélas, l’Ouïe ne percevait que la trace d’une connaissance, d’une expérience. Marquante, probablement. Ou peut-être pas.

Souvent. Cette simple notion piquait son intérêt à vif. Parce que Souvent ne signifiait guère Toujours. A en croire les sons évaporés entre deux brouhaha, le mystère gagnait en épaisseur. Une femme de brouillard, c’était ce que les Orbes Céladon discernaient à son contact. Et, plus que tout, cela éveillait ses gènes ; les gènes inquisiteurs, intrépides. L’adrénaline qu’il espérait.

Une jeune femme probablement Japonaise, donc. Mais pas trop pour autant. Une âme provenant du soleil levant, sans l’être. Des questions soulevant de nouvelles interrogations, forçant les méninges à l’action. Et Dieu qu’il aimait ça, Marijan.

Une zone proche, possiblement. Peut-être un nom modifié au fil du temps. Car si les aiguilles tournaient pour les Hommes, elles s’inclinaient également pour les contrées. La question étant désormais de savoir ce qu’il y avait sur ces terres, avant que le « Japon » ne surplombe l’océan. Néanmoins, nul temps de poursuivre la réflexion que les Sphères sanguines se plongèrent dans les siennes. Une rencontre entre le sang et l’olive ; curieux mélange qui ne laissait pour autant pas indifférent.

Qu’importait les sensations, les recherches, et même ce « Slave » précédemment porté du bout des lèvres ; Marijan n’était qu’un mensonge. Un rôle dans lequel il se glissait bien volontiers, pour peu que l’intérêt soit à la clef. En l’état, la récompense était bel et bien là. Pas forcément de l’apparence souhaitée, mais son instinct parlait pour lui : L’attitude de cette femme, les mots qu’elle employait, leur ton… Tout indiquait que l’Asiatique était une mine d’information inestimable.  Oui, l’impulsion espionne ne pouvait se tromper.

— Elle n’effraie que ceux qui ont besoin de se cacher, et n’atteint guère ceux connaissant les secrets de la riposte. Pas plus que ceux dotés d’une confiance en leurs compétences certaine.

Au-delà d’un Jeu des Apparences, se déroulait actuellement une Joute d’une ampleur bien plus grande encore. Ainsi, les hypothèses se formaient les unes après les autres, s’écroulant parfois comme un château de carte. Toutefois, il arrivait que deux morceaux restent collés, bien que fragile à la moindre secousse. Lentement, le puzzle se constituait, s’effaçait, pour mieux recommencer.  Une mise en place nécessaire, pour évaluer l’importance du phénomène.

— La méfiance provient de l’incapacité même des hommes à faire preuve d’assurance les uns envers les autres. Envers soi-même, également. En somme, elle n’est qu’un miroir dont le reflet se transpose sur d’autres. C’est inévitable, on ne peut s’y dérober.

L’espèce et ses tares.

Une pause marquée, le temps que le rebord du contenant ne parvienne une fois de plus au bord des lippes, remplissant le gosier de l’enivrant alcool qui dormait là. Il n’était pas tant question d’apprécier ou non les ensorcelantes liqueurs , mais davantage que le monde dans lequel le brun évoluait nécessitait cette pratique. Plus simplement.

— En effet, la première impression est souvent la bonne. Mais pas toujours, semble-t-il.

Une balle renvoyée, conservant cette consonance intransigeante. Presque suffisante, à vrai dire. Si l’on ne connaissait pas le personnage, tout du moins. Une calomnie sans véritablement l’être ; si ce n’était un mot sur un papier, un esprit enchaîné à ses fonctions, il ne restait vraisemblablement rien d’une prétendue nationalité.

— Européen.

Un simple mot, balayé, tandis qu’une main faisait de nouveau signe au serveur, recommandant deux boissons, sans même prendre la peine d’en signifier les nominations.

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Lun 14 Mai - 21:45


« au détour d'une beuverie »
with Marijan



Alors même qu'elle entendait les rues s'animer sous l'ouverture des établissements nocturnes implantés à quelques rues de là, le seul son capable de parvenir à ses oreilles ne fut que celui de l'évidence que leur discussion lui apportait. Et elle regrettait de moins en moins le fait d'avoir profité de sa dernière nuit en Inde loin des draps trop fins de sa chambre.
Il savait employer les mots. Mieux encore : il savait les utiliser. Dans un sens qui leur était convenable et d'une façon si claire qu'elle s'étonna silencieusement de voir que tous les hommes n'avaient pas décidé de la compliquer. Il jouait avec chaque nuance, sans forcer. Il les utilisait sans les gaspiller et, intérieurement, Setsuna ne put se garder de le saluer.
Elle n'avait croisé que trop peu de personnes capables d'entretenir une conversation sans se verser dans le désuet, alors elle appréciait chacune de ces raretés, à chaque fois qu'elle s'y confrontait.

Préférant mettre les questions de l'allergie de côté, Setsuna se focalisa alors essentiellement sur la suite de ses mots, les lèvres trempés dans son verre et les yeux plongés dans les siens.
Avait-elle confiance en ses propres compétences ? Sans le moindre doute, oui. Elle se savait capable de se défendre. De ravager ce qui l'entourait si Raiko venait à être en danger et sûrement plus encore de l'en écarter. Elle savait ce qu'elle valait et pourtant, trop de fois, il lui était arrivé d'être submergée par la peur et l'incertitude.

« La confiance, à trop forte dose, peut causer bien plus de tort que le doute. »

Des exemples ? Elle n'en avait pas besoin. Il semblait bien assez réfléchi pour avoir conscience de la teneur de ses mots et, de fait, elle se contenta naturellement de reporter son attention en direction du bois qui s'étendait sous ses doigts. Combustible. Peut-être même un peu trop. Ses mains la chatouillèrent un court instant et, comme pour échapper au besoin d'évacuation qui emplissait sa poitrine, Setsuna engloutit une nouvelle gorgée de sa boisson. Elle avait beau tenter de changer ses idées, la frustration n'en était pas moindre. Raiko était trop loin d'elle. Beaucoup trop. Et elle aurait vendu son frère sans le moindre scrupule si ce simple geste avait pu ramener son fils et Kuro à ses côtés.

Réflexion faite, elle songeait même très sincèrement à partir sans lui pour les retrouver plus vite.

« La méfiance provient de l’incapacité même des hommes à faire preuve d’assurance les uns envers les autres. Envers soi-même, également. En somme, elle n’est qu’un miroir dont le reflet se transpose sur d’autres. C’est inévitable, on ne peut s’y dérober. »

Elle ferma les yeux. Calmement. Ses doigts se mirent alors à suivre les contours de son verre en un mouvement presque machinal, signe de sa réflexion et de l'importance qu'elle accordait à sa déclaration, et elle lui laissa le loisir de continuer avant de daigner répondre une fois de plus.

Effectivement, souvent n'était pas toujours et il lui fallait bien admettre qu'elle était agréablement surprise de l'entendre retourner son propre sous entendu contre elle. Provocation ? Non. Invitation. À laquelle elle répondit à travers un regard à peine intéressé, lorsqu'il eut terminé de parler.

« Alors Serbe. »

Une déclaration à peine affirmative mais néanmoins sûre d'elle. Il lui avait transmis des réponses à travers son comportement seul. Pas seulement ses mots, mais tout ce que ses gestes impliquaient, et elle avait su les regarder.

« L'incertitude n'est pas une faiblesse, pour peu qu'on soit capable de l'utiliser. »

Son ton n'avait pas changé, comme d'ordinaire. Elle était passive, éteinte et fermée. Ses sourires n'appartenaient qu'à Kuro et Raiko. Autant que ses larmes n'appartenaient qu'à elle-même. Et c'était tout ce qui importait.

Elle était satisfaite, bien évidemment. Mais elle ne savait tout simplement pas comment le montrer. Sans s'en soucier. En avait-elle besoin ? Ses gestes parlaient à sa place. Un sourire n'aurait rien apporté de plus qu'un semblant de convivialité et elle ne ressentait pas la moindre envie de se perdre dans ce genre de détails désuets.

« Mais... il y a une différence entre l'assurance et la confiance... L'une est de croire en soi-même. L'autre ne s'applique pas systématiquement qu'à une seule personne. De même que le doute ne s'apparente pas toujours à la méfiance. »

Sa déclaration se ponctua d'un regard bref dans sa direction et elle offrit quelques secondes au silence, avant de reprendre :

« Vous en dites bien plus que ce que vos mots laissent entendre... C'est agréable. »
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Mar 15 Mai - 14:31

— Vous en dites bien plus que ce que vos mots laissent entendre… C’est agréable.

Subrepticement absorbés par leurs analyses, les Orbes Céladon sondaient les traits indistincts de l’allocutaire. Insensible d’apparence, il appert toutefois qu’un endormi gisait en son sein. Conscient ou inconscient, cela n’importait que peu, en l’état. Car les mots ne trompaient pas, lorsque l’on les maîtrisait. Cette femme en possédait les aptitudes, à n’en point douter ; une expérience laissant des traces autant indélébiles qu’invisibles pour les non-a guéris. Mais insensible différait d’impassible ; impassible discordait de sans âme, ni cœur.  Une perturbante nuance pour certains, invisible, qui demeurait pour autant essentielle à établir. En outre, l’étrangère rendrait davantage dans la seconde catégorie, aux yeux de Marijan. Une expertise toujours en fabrication, bien entendu, à l’instar d’une enquête apportant sans cesse de nouveaux éléments, tantôt contradictoires, tantôt corroborant les précédentes hypothèses. Plus qu’une simple recherche sur l’autre, une introspection sur une façon de penser, de procéder lui étant propre.

Aussi, les frustrations l’envahissaient, au fil des minutes. A chaque mot prononcé, dispersé dans cette tintamarresque pièce, celle-ci grandissait dans l’ombre. Endiguée, assurément l’était-elle. Parce qu’un soldat dans lequel on pouvait aisément lire était un soldat mort. Une arme débordant d’inefficacité, condamnée à la faux. En somme, les exemples pullulaient ; l’apparence ne dictait pas l’Homme.

— En êtes vous seulement certaine ?

Une incolore mélodie, comme imperturbable ; la confirmation approchait peu à peu, malgré les questions fraîchement soulevées.  Et, guidée par une épreuve orale des plus attirantes, une malice demeurait toutefois, tapie dans l’ombre de l’esprit.

Attention dérobée un instant durant, captée par des mots d’ailleurs ; les prunelles olivâtres persistaient dans leurs investigations, ne quittant guère l’interlocutrice. Des bribes de conversation revenant à l’appareil auditif, et déjà les informations s’enregistraient muettement. Des habitudes revenant au pas de course, comme tout à chacun. Et cela l’arrangeait, ce noir de jais. Bien plus qu’il ne l’aurait espéré. Ici, ou peut-être là ; le faucon et son butin.

— L’incertitude est le bistouri des probabilités ; un double usage pouvant servir autant que desservir. En cela, elle nécessite une assurance mesurée.

Une assurance en ses propres capacités ; la conscience des limites surévaluées par l’humanité même, en règle générale.

— Ne dit-on pas que l’une et l’autre sont interdépendantes ? Haussement d’épaules, bref autant que minime. Pour autant, le sont-elles véritablement et, si oui, dans quelle mesure ?Admettons que la confiance résulte d’une assurance forte, le doute n’aurait alors aucunement sa place dans l’esprit. Toutefois, la méfiance n’en resterait pas moins relative. Si l’on part effectivement de ce principe, chaque homme aurait conscience de ses propres capacités, et placerait donc sa confiance en d’autres dont il estimerait une capacité étant inférieur à la sienne. Cependant, si l’on considère les capacités comme naissant de l’expérience, une méfiance pourrait néanmoins demeurer envers celui qui apprend. A contrario, supposons une assurance faible ; un individu éprouverait alors probablement une méfiance envers un autre, précisément parce qu’il doute de ses propres capacités. Si l’on considère cela, on pourrait donc admettre un lien entre ces différentes notions. Cependant, la place de la confiance reste flou, de prime abord, et faut-il encore considérer que l'assurance et le doute dépendent l'un de l'autre.

Un bras en mouvement, une main attrapant un second  verre nouvellement placé sur le comptoir. Une courte pause, le temps de verser quelques gorgées du breuvage, se rassasiant. Un temps durant lequel l’esprit ne cessait pour autant pas de remuer.

—Pour autant, la confiance et la méfiance ne sont pas nécessairement incompatibles. Paires de doigts frôlant le contenant glacé. La mesure, la rationalité, peuvent-ils véritablement la dompter ? Sont-ils à même de saisir la complexité de l'univers dans lequel ils "évoluent"?

Une voix faiblement baissée mais néanmoins neutre, clôturant ces quelques mots; un "il" qui ne l'excluait nullement, par ailleurs. Mais le jeu de l’ambiguïté s'avérait parfois bien enivrant. Une fois encore, un récipient glissé jusque devant l’Inconnue, sans même prendre la peine d’en vérifier le contenu. Plus que des questionnements en destination de sa partenaire de beuverie, le Serbe soumettait volontairement son propre esprit face à l’incohérence même de l'espèce. Un esprit en ébullition comme il l’avait rarement été. Parce qu’il ne devait pas penser ; il devait agir.
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Jeu 17 Mai - 11:45


« au détour d'une beuverie »
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Est-ce qu'elle en était certaine ? Assurément pas. Elle n'avait même pas eu la prétention de réellement l'affirmer. C'était davantage un constat, une supposition néanmoins déclarée avec une sincérité qui, de près ou de loin, pouvait effectivement s'apparenter à de la certitude. Peut-être qu'elle avait tort. Peut-être qu'il mentait et, si sa question posa le doigt sur cette éventualité, Setsuna ignora totalement l'idée de se perdre dans des élucubrations toutes plus fausses les unes que les autres. Elle se fiait aux gestes, pas à la parole. Si ses mots pouvaient sembler troublants, sa silhouette, elle, ne mentait pas. Plus que les gestes volontaires, c'étaient les plus anodins qui attirèrent brièvement l'attention de la japonaise.

« Je n'ai jamais prétendu en être certaine. »

Laconique, comme toujours. Probablement parce qu'elle ne voyait pas l'intérêt d'y apporter plus de précisions. Il comprendrait, peut-être. Ou peut-être pas. Sa réponse demeurerait la même dans tous les cas et, sans plus s'attarder sur cette pensée, Setsuna s'accouda nonchalamment au comptoir afin de s'y appuyer. Son regard ne quitta pas le vague un seul instant. Non pas parce qu'elle ne voulait pas le regarder, plus simplement parce qu'elle écoutait et analysait ce qu'il lui disait. Sans un mot.

Au final, leurs visions des choses se rejoignaient, quand bien même elles différaient. Le doute était autant un moteur qu'un frein. Une arme capable de blesser son utilisateur autant que de le guider. Et pourtant, malgré cela, elle n'y voyait rien de réellement mauvais. Là où l'Européen semblait bien plus enclin à relever les côtés négatifs de certaines choses, Setsuna y voyait une force inestimable que certaines bonnes autres étaient incapables d'apporter.

« Pourquoi se méfier lorsqu'on est sûr de soi ? Au final, vous l'avez dit... La méfiance n'est qu'un miroir dont le reflet se transpose sur d'autres. Le résultat d'une incapacité à faire preuve d'assurance envers soi-même et les autres. Si on suit votre logique... pourquoi quelqu'un de confiant en lui-même, et donc d'assuré, serait-il méfiant ? D'une certaine façon, et dans ce cas précis, le doute tient sa source de la méfiance, oui. Mais on ne peut pas réellement parler d'assurance... Ni de confiance. »

Elle marqua une brève pause, le regard détaché alors qu'elle se concentrait sur le contenu de son nouveau verre. Alcoolisé.
La perspective ne le dérangeait pas plus que de raison aussi, Setsuna continua tout naturellement à engloutir quelques courtes gorgées, non sans légèrement grimacer lorsque l'amertume de l'alcool se glissa contre son palais. Fort, mais efficace. Le mélange était curieusement agréable.

« Si la mesure et la rationalité ne pouvaient pas la dompter... Le monde serait un véritable chaos. »

C'était justement l'aptitude des hommes à mettre leurs a priori de côté qui, selon elle, pouvait mener à un éventuel terrain d'entente en dépit des nombreuses raisons qu'ils pouvaient avoir de se méfier. Preuve en était sa présence dans ce bar, et la sereine tranquillité qui les entourait en dépit de la vague de méfiance qu'elle avait soulevée en pénétrant le bâtiment. Sûrement plus son apparence que son statut d'étrangère, cela dit. Quoique.

Le regard brillant d'une imperceptible réflexion, Setsuna releva finalement sa tête en direction de l'Européen, ses doigts suivant le bord de son verre alors qu'elle tentait de mettre des mots sur ce qu'il lui évoquait. Ne semblait-il pas méfiant lui-même ? Discret ? Voire même cachottier. Un voile de mystères l'auréolait et, indéniablement, la Japonaise tenta de comprendre quelles émotions se cachaient derrière une telle maîtrise des mots et de tels sourires désuets.

« Tout parle à qui sait lire, voir ou écouter. »

Flottement. Qu'elle laissa s'installer quelques secondes avant de néanmoins ajouter :

« Je n'en suis pas certaine mais vous ne l'avez pas nié. »
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Ven 18 Mai - 20:01


—Tout parle à qui sait lire, voir ou écouter.

Une tête précédemment relevée en direction de celle de jais ; des doigts maintes fois observés du coin de l’œil. A l’instar d’un musicien jouant des cordes de son violon, les morceaux de chai tournicotaient autour du rebord cristallin, rajoutant de cet épais brouillard au mystère que représentait cette femme. Une donnée inconnue, peut-être plusieurs, qui tomberait un jour sous les coups de l’investigation.

— Et interpréter, n'est ce pas?

Peu importait la certitude, lorsque l’on parvenait à lire dans l’adversaire. Dans sa définition stricte, tout du moins. Plusieurs degrés autant que nuances ; il appert que la dénomination demeurait l’un des maux assaillant l’esprit. A l’instar des plaies logées dans la Boite de Pandore, leur liberté n’assurait que la naissance d’un nouvel abîme. L’un de ceux qui mènerait le Monde à sa perdition.

Coi, l’âme observait les mèches coquelicots en tapinois, jaugeant de ces propres armes la silhouette au faciès détaché. Force était d’avouer qu’elle lui offrait une conversation digue d’intérêt, malgré cette présence succincte qui s’y incrustait momentanément. Des discours comme il en avait rarement tenu, ces dernières années. Ainsi, quand bien même le corps conservait cette neutralité que l’on attendrait de son rang, l’esprit, lui, se ravivait de la trouvaille. Dans une moindre mesure, cependant. Parce que l’homme gardait en tête le statut « Inconnu » de la chose, et que le Jeu des Apparences pouvait se montrer sous un bien mauvais jour, parfois. Une image en remplaçant une autre, des paroles échangées, contredites entre deux conversations. Mais surtout, un masque relevé, dévoilant le Monstre vivant sous les traits bienveillants. Marijan ne les connaissaient que trop bien, ces énergumènes-là, dissimulés ici et là : il y avait été confronté, après tout. En somme, il s’agissait de surprises qu’il n’appréciait guère ; mais était-ce véritablement étrange, pour un militaire ?

— Aurais-je un quelconque intérêt à nier ce que l’Homme veut entendre ?

Son oscillant vers le bas, signe d’une question qui n’en avait que la forme, mais s’avérait davantage traduire une affirmation. Car, en définitive, l’homme légèrement hâlé connaissait déjà la réponse à cette interrogation : Aucune. Une pause ainsi marquée ; une suspension maintenue, le temps que les doigts attrapent le contenant, profitant de l’amertume glissant jusqu’au gosier. L’alcool, une presque thérapie.

—  Peu m’importe qu’on se méprenne ou non sur mes origines ; elles puisent leur source là où toutes les autres naissent également. Et elles s'arrêteront là où toutes les autres périront elles-aussi.

Parce que l’on venait tous de quelque part, affirmaient-ils. Parce que l’on avait tous un endroit où l’on aimerait retourner, parait-il. Pour autant, la notion d’appartenance s’avérait être une chose bien désuète pour le Serbe. Qu’importe le lieu de sa naissance : il n’en restait rien aujourd’hui. Nulle accroche, nulle famille, nulle lueur d’un espoir vain. Rien d’autre que le néant, en somme. Le néant, les souvenirs, et la servitude. « Servir son pays », cela avait du sens, jusqu’au jour où les poutres s’étaient teintées de suies. Tout du moins le croyait-il. Tout comme l’être se voilait assurément la face, lorsque le sujet s’abordait de lui-même en silence ; ces terres natales, il en était évidemment toujours attaché, quelque part. Mais, il y avait un goût différent dans ses choix, ses actions.

Je suis celui que l’on veut que je sois, de là où l’on souhaite que je sois. Un arme, une marionnette ; nombreuses définitions existe pour les qualifier. Les… Eux, les Soldats.

Parce que plus rien ne saurait être comme avant.

—  Le monde serait un véritable chaos, si la mesure et la rationalité ne pouvait être dompter, en effet. Pourtant, le chaos règne déjà, là dehors, bercé par des raisons nouvelles. Par une société en mouvement.

Des « raisons », disait-il. L’hypocrisie dissimulée par-delà ce terme lui donnerait presque envie de vomir, s’il n’avait pas baigné dans des principes plus infâmes encore. Certes, elles avaient évolué, s’ajustant aux sociétés émergentes, aux rapports sociaux mouvants. Toutefois, quand était-il des motivations ? Non pas celles publiquement énoncées, non. A vrai dire, l’Ivanovic pensait davantage à celles dissimulées sous des couches de patriotisme, de discours d’un pays à protéger, d’un Monstre au visage humain attaquant un peuple. Une défense, selon-eux. Mais l’adolescent ne les connaissait que trop bien, ces promesses qui ne sauraient être tenues ; ces mots que l’on raconte pour embrigader les plus jeunes. Une supercherie, voilà tout. Une vaste tromperie à laquelle il avait accepté de prendre part.

— Pourquoi seraient-ils méfiants ? Parce que le miroir n’est pas sans faille ; les Hommes sont inaptes à l’auto-gestion sans engendrer la destruction. Ils ne perçoivent que ce qu’ils veulent bien percevoir, modifiant les faits comme l’on changerait de sous-vêtement. Leur notion de bien et de mal est erronée, probablement falsifiée par des convictions d'illusionnistes.
.
Pour avoir constaté la puissance de ce pouvoir de ses propres prunelles Céladon, Marijan ne les sous-estimeraient assurément pas. Jamais. Le pouvoir de manipuler les foules ; le pouvoir des mots était sans l’ombre d’un doute l’un des plus destructeurs, lorsque l’on l’utilisait à mauvais escient. A l’échelle purement humaine, tout du moins. En somme, le brun peignait une esquisse bien sombre des humains, bien loin que celle que paraissait maintenir la Japonaise. Un instant durant, une pause fut marquée, reprenant de l'amer breuvage.

— Le Chaos n’a vraisemblablement jamais véritablement cessé.

Parce que les hommes aimaient la domination. Parce qu’ils aimaient la guerre. Parce qu’ils étaient avides de puissance.

Parce que l'homme n'était peut-être pas mauvais. Mais l'homme était démesurément faible.


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Dim 20 Mai - 12:09


« au détour d'une beuverie »
with Marijan



Setsuna garda le silence, cette fois. Les réponses qu'il accordait à ses questions lui semblaient bien trop claires pour qu'elle ne se laisse aller à en poser d'autres, au risque de les voir perdre toute utilité. Il lui avait dit ce qu'elle n'avait même pas besoin de savoir sans qu'elle n'y accorde néanmoins le moindre intérêt. Là où elle s'était contentée d'éluder sans nier, l'Européen semblait décidé à nier la certitude d'une quelconque origine et elle passa sous silence la curiosité qui brûla ses lèvres. Inutile et mal placée. Il avait probablement ses raisons de nier une part de ce qu'elle était. Ou, plus précisément : de ne pas la reconnaître. C'était tout du moins ce qu'elle avait fini par déduire et, sans un mot de plus, Setsuna retourna à son verre en laissant ses pensées assimiler tout ce qu'il lui disait. Interpréter... C'était exactement ce qu'elle faisait, au final. Elle l'observait, et elle concluait. D'une façon peut-être incorrecte mais elle avait, depuis longtemps, arrêté de se soucier de ses erreurs.

« Ils ne changent pas que les faits... À mon sens, leur notion de bien et de mal n'est pas généralement erronée, ils la modèlent simplement selon ce qui leur convient le mieux... Et c'est ce que nous faisons tous, à un moment ou un autre. Alors... Oui, le chaos a toujours existé. »

C'était indéniable. Les guerres le prouvaient autant que les désastres politiques qu'elle avait elle-même causés. Les hommes étaient trop faibles, trop incertains, trop... Mauvais ? Sûrement. Et c'était probablement parce qu'elle vivait dans sa propre idéologie qu'elle s'en était détachée sans trop s'en soucier, pour peu que rien n'atteigne Raiko. Sa propre vie ? Elle la comptait après. Bien après.

« … Mais d'une façon différente. Et nous le nourrissons également. »

Elle le faisait, à travers son égoïsme et ses déflagrations. Et il le faisait assurément, à sa façon. Elle ne se considérait pas comme fondamentalement humaine du fait de ses pouvoirs et de son immortalité, mais elle en avait l'essence, les erreurs et tout ce qui faisait qu'elle était soumise au même jugement qu'eux-mêmes. Prétendre le contraire aurait été d'aussi mauvaise foi que tout simplement déplacé.

Les doigts autour de son verre, Setsuna le porta une fois de plus à ses lèvres et glissa machinalement sa main de libre dans ses cheveux, comme pour les dégager.
L'air était frais, sur sa nuque. Peut-être même un peu trop. Et elle y laissa ses doigts un court instant, le temps de laisser à son aura la capacité de la réchauffer alors qu'elle analysait, encore, tout ce qu'il lui avait dit, jusqu'à maintenant.

« Vous n'avez pas à nier ce que les Hommes veulent entendre... Mais le fait que vous preniez votre essence au même endroit qu'eux tous ne vous dispense pas d'avoir droit à votre identité. »

Elle marqua une pause, ancra un peu plus ses yeux particuliers dans les siens et ajouta, sans le moindre détour :

« Refuser d'admettre ce que vous êtes ne changera rien aux faits. »

Il demeurerait ce qu'il était. Qu'il soit Serbe, Croate, Anglais ou même Français. Le nier n'y changerait rien. Le fuir non plus, par ailleurs. Pourtant, son ton ne relevait ni d'une leçon de morale, ni d'un reproche. Simplement d'une information nonchalamment lancée, comme tout ce qu'elle disait. Avec ce même détachement que celui qui s'était installé sur son visage depuis trop longtemps désormais.
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Dim 1 Juil - 17:23


—Il semblerait que Mademoiselle se méprenne.

Perles de Jade vissées dans ses semblables carmines ; les traces d’une intransigeance martiale incrustées sur les traits du Soldat, ornés de férines lippes retroussées en un recoin. Sans l’ombre d’un doute, l’incompréhension dominait les bribes de conversations, renvoyées à l’adversaire comme des lames entrechoquées. Et, à l’instar des Gladiateurs des temps anciens, ils s’affrontaient dans cette arène illusionnée.
Nier ce que nous sommes, hm. A contrario, le Militaire discernait plus que quiconque ce qui le composait ; une patrie vraisemblablement pourrie jusqu’à la moelle, une famille jadis décimée : Un Monstre au masque humain.

En somme, une question ne résidant guère dans l’ignorance, mais davantage dans le degré d’acceptation. Tout du moins, le concernant. Parce qu’assurément serait-il plus aisé d’épaissir le voile couvrant les yeux, réfutant l’appartenance d’un Royaume à naître, refusant de placer des mots sur des actes que l’on estimait nécessaire à sa construction. Toutefois, Marijan ne disconvenait pas ces faits ; la servitude demeurait malgré tout intact, pour cet homme aux ailes brûlées. Et ce bien que le miroir fût naguère brisé. Mille éclats de verre, ancrés dans la peau. Plus que cela, des débris viscéralement incrustés dans l’esprit.

Ô ces funestes remembrances,
Ancestrale mélancolie,
Liées de sombres ancolies ;
Lieds brillant d’acre défiance.

Déserter. Force était de constater que l’occasion s’était maintes fois présentée. Mais, en dépit des perles évanouies, le Serbe arborait inlassablement l’oriflamme de rouge tacheté.

De ces orbes, prémices de véhémence.
Avec ces sphères et leur évanescence.
Il fallait, avant toute chose, s’imprégner.

Contrée métamorphosée ; des méthodes à l’objectif que l’on pourrait aisément croire louable, de prime abord. Hélas, le revers du tableau s’avérait moins glorieux, lorsque l’on prenait le temps de s’y attarder. Inhumanité Humaine, une bien sombre constatation. Curieux paradoxe de son état.

Des actes n’engendrant que des guerres nouvelles, en cela : le Chaos n’avait jamais véritablement cessé. Et probablement ne cesserait-il jamais, en effet. Seulement, l’évolution perdurait, quel que soit le sens qu’il prenait. Ou plutôt que les Hommes lui donnait.

— Modelée, admettons. Cependant, serait-elle juste pour autant ?

Lentement, une main s’empara du verre, le portant aux lippes assoiffées.
Calcinés, les rêves. Annihilés, les espoirs. Consumée, l’innocence. Ne demeurait qu’un Bernard l’Hermite dépourvu de sa coquille, exécutant encore et toujours les mêmes ordres ; des lettres portées au bas de la porte, masque d’ultimes raisons. Les Hommes n’étaient pas faits pour être empreint de sagesse, pas plus que les assassins ne devaient être doté d’une capacité de réflexion. Et pourtant. Pourquoi il existait des exceptions. Alors, pourquoi pas, après tout ?

— Ces facultés, ces nationalités, cette prépondérance pour le Chaos, tout cela peut effectivement être une part de nous. De cette Humanité. Ou plutôt ce qu’il en reste, dira-t-on. Chacun semble différent dans ses caractéristiques – vraisemblablement avons-nous été marqué par les aiguilles du temps. Pour autant, pourquoi les actions semblent se répéter ? Une réflexion, courte. Juste le temps qu’une flopée de doigts se perdent dans les mèches de jais, avant qu’un murmure ne survienne alors. Les Origines… ?

Deux en un. Il ne s’agissait pas tant de nier ce qu’il était, mais de prendre conscience de ces Origines possiblement communes. Des traits universels…Oui, peut-être n’étaient-ils pas si différents, au commencement.  Peut-être.

— Un autre verre, Demoiselle Inconnue ?



Note : Désolée, c'est court. Je tente de me remettre dans le bain... °°


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Mer 18 Juil - 11:21


« au détour d'une beuverie »
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« Tout simplement parce que l'Homme a cessé d'évoluer. »

Parce que l'Homme avait cessé d'apprendre de ses propres erreurs depuis longtemps, trop longtemps. Parce qu'il n'avait fini par évoluer qu'à travers ses trouvailles et ses inventions, sans jamais changer son mode de pensée.
La conclusion arracha un soupir presque excédé à Setsuna, alors même qu'elle savourait la dernière gorgée du contenu de son verre. Elle entendait les majuscules dans la plupart des mots de son interlocuteur, autant que les vérités derrière ses questions. Elle les entendait et elle les acceptait, les savourait, les confrontait aux siennes dans un combat intérieur néanmoins harmonieux. Son avis ne différait pas réellement du sien, au final. Elle avait simplement cessé de croire en l'Homme. En le fait qu'il aurait pu, un jour, abandonner sa crédulité et l'égocentrisme malsain qui coulait dans l'essence même de ce qu'ils étaient, tous.

« Il est du propre de l'Homme que de vouloir posséder ce qui se trouver entre le ciel et la terre. Tant que ce détail n'aura pas évolué... Il n'avancera pas non plus. Au final... Nous ne tenons pas notre propension à la destruction de nos Origines en elles-mêmes... Davantage du fait que l'Homme n'a jamais tenté de voir au-delà du narcissisme naturel qui coule dans ses veines. »

C'était autant une réponse qu'une conclusion, des mots sur ce que son esprit tentait d'analyser, pour elle-même comme pour lui. Son avis mais en aucun cas une idée qu'elle tenait à lui imposer. Leur discussion était bien assez courtoise pour qu'elle s'y coule sans se poser la moindre question et ce fût alors sans un mot que Setsuna avança alors calmement son verre, à sa question suivante. Elle ne consommait généralement que peu d'alcool et, si elle savait pertinemment qu'elle était disposée de bien moins de défenses immunitaires que la plupart des autres sorciers et humains normaux, elle en aurait probablement besoin pour ne pas envoyer son frère à travers la fenêtre, lorsqu'elle le retrouverait.

« Setsuna. » ajouta-t-elle finalement. « Demoiselle Inconnue risque d'être... Long et lassant, à la longue. »
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