« Quand la guerre fait rage, les déchirures ne se referment pas de sitôt. »
Marian Cross
Seeds of Destruction
Et les notes s'élèveront alors, emportant avec elles les maux des Hommes [ Ash Ravenwing]

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Et les notes s'élèveront alors, emportant avec elles les maux des Hommes [ Ash Ravenwing]
Marijan Ivanović
La patience domine, jusqu'au jour où la bombe fait boom
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Date d'inscription : 10/05/2018
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La patience domine, jusqu'au jour où la bombe fait boom
Dim 13 Mai - 0:20
Londres, Angleterre - Une année auparavant

Dring. Dring. Perles olivâtres oscillant entre le sombre parquet et l’objet à l’origine du dérangement sonore ; un corps s’étirant un instant durant, froissant les draps de fortune avant de s’en dégager avec mollesse. Cette fois encore, Morphée n’avait guère honoré le Serbe de sa présence, ne laissant que des billes flavescentes toisant une silhouette d’ivoire recouverte. Non pas une illusion, comme certains l’affirmeraient peut-être ; plutôt la trace d’une aiguille ayant cessé de tourner depuis nombreuses années déjà. Annihilée, l’innocence des jours passés. Ne demeurait que l’amertume de l’impuissance à chaque nouvelle vision assassine. Mèches de jais virevoltant vigoureusement, une tentative de remettre ses idées en place. Retrouver ses esprits, vainement.

Quelques minutes ainsi écoulées, dans l’attente d’une rédemption illusoire. Un idiot, plus simplement. Assurément l’était-il, quelque part. Mais qu’importe les remords et les regrets naissant dans l’âme humaine, un retour dans le jadis n’était guère envisageable. Impossible chose. Qui plus est, probablement cela ne changerait-il rien à la situation, tant les tares des uns et des autres s’avéraient innombrables. Des jambes déambulant alors, à l’instar d’un fantôme errant dans un  univers qui n’était guère le sien ; un étranger, oui. Sans doute. Un pas, puis un second. Une faible marche s’arrêtant devant cette porte de bois ancien, fixant distraitement l’encadrement d’où ne résidait nul vestige d’une quelconque feuille.

— Étonnant.

Haussement d’épaules ; inaudible souffle franchissant la barrière des lippes auparavant closes. A vrai dire, l’absence de l’un de ces maudits documents ne signifiait que peu, en l’état. Parce que demeurait la possibilité que cet autre aux mèches coquelicots ne vienne frapper à l’entrée, s’incrustant comme un Bernard l’Hermite chercherait à prendre possession d’une coquille vide. Une mouvement, afin de se rendre jusqu’à la source d’eau gisant non loin de là ; liquide dès lors porté au visage d’ordinaire halé, pour être essuyé nonchalamment d’un revers de la main.
Juste ça, c’était suffisant.

Paires de doigts attrapant quelques vêtements, dont cette sobre chemise qui traînait dans un coin, et déjà se préparait-il à sortir, alors même que l’astre lunaire dominait encore l’étendue turquin de toute sa splendeur. Ô qu’importait l’heure, l’adolescent ne comptait laisser l’once d’une chance à son compère ; une chambre vide, c’était tout ce qu’il trouverait en venant jusque dans l’antre. Refermant derrière lui, il descendit les marches d’une lassitude presque habituelle. Et, sans tambour ni trompette, s’enfonça dans les ruelles du Grand Londres.

Armé de son fidèle étui, l’âme baguenaudait entre les murs de la cité, avec pour seul guide les faibles sons parvenant jusque dans l’appareil auditif. Une lueur terne dans les prunelles, fixant momentanément la tour à l’horloge nouvellement dressée ; si celle-ci apportait l’émerveillement dans les mirettes des voyageurs et des migrants Irlandais, la vision qu’en avait le brun était toute autre : Une énième folie de l’espèce. Ni plus, ni moins.

Une bifurcation soudaine, dans la direction d’où quelques voix se faisaient entendre ; un quartier qu’il avait appris à connaître, avec les années, où se regroupaient les musiciens d’ici et d’ailleurs. En somme, il s'agissait là de l'un des rares endroits où la nationalité disparaissait, au profit des notes envolées au rythme d’une brise songeuse. Mais, malgré son aversion pour côtoyer du monde, le Soldat conservait toutefois l’intense désir de tâter de l’archet.

Conséquemment, le coffre fût posé au sol, tandis que les mains expertes s’emparèrent du manche avec douceur. Quelques instants, le temps de régler les chevilles, et la mentonnière rencontra son partenaire de chair. Ne restait que cette position particulière qu’il adoptait parfois, avant que le son ne remonte enfin, se mêlant au Jazz. Un air comme il les appréciait, ou plutôt comme il les ressentait ; une alliance entre puissance et fragilité d'une maîtrise instrumentale dépourvue de faille.

D'un esprit embrumé de sensations, de réflexions.
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